No. 104 - J’aime pas l’été
Mais le pire, c’est vos sandales.

Le samedi 23 mai 2026
Oh, je sais trop ce qu’annoncent ces journées qui s’allongent. L’été s’en vient. « La belle saison », qu’ils disent. Belle connerie, plutôt.
Des quatre, c’est la pire.
C’est maintenant avec une profonde aversion que je vois poindre ces mois tropicaux.
Je n’ai pas la constitution adaptée à ces chaleurs. Pour commencer, je sue à rien. Au bout de cinq minutes au soleil, j’ai le front qui suinte comme le plafond d’un bordel thaïlandais. Et une Pangée de transpiration aura imbibé le dos de mon t-shirt. L’enfer.
Par-dessus tout, je déteste avoir chaud.
J’appréhende déjà les canicules de juillet, à faire l’étoile dans un lit moite, à devoir m’enfoncer des bouchons dans les oreilles pour étouffer le râle d’un climatiseur incapable de faire fléchir le thermostat.
Je préfère mille fois les matins frisquets. Et le plaisir piquant des promenades grelottantes. Et la morsure polaire de la lunette des toilettes quand j’y pose les fesses pour mon pipi nocturne.
Oui, je pisse assis. Ne changez pas de sujet.
*
Je viens du froid, voilà. C’est l’écosystème qui me convient. J’aime tout de l’hiver, en particulier son silence.
L’été n’est que vacarme. Les tondeuses, les barbecues du voisin, les maudits oiseaux et les foutues cigales.
L’été, c’est aussi les mouches à fruits, les maringouins, les asticots autour du bac à compost et toutes ces putains de fleurs dont le foutu pollen me condamne à vider une boîte de mouchoirs par jour jusqu’à la Saint-Jean-Baptiste.
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C’est sans mentionner que la saison estivale m’impose un vestiaire en contradiction frontale avec ma pudeur.
J’aime avoir les membres couverts, voyez-vous.
J’ai un profond dédain des bermudas, mais j’abhorre surtout les sandales. Jamais vous ne me verrez porter ces horreurs — JAMAIS !
D’ailleurs, je les déteste tout autant à mes propres pieds que dans ceux de mes contemporains.
Tous ces orteils grotesques qui paradent en ville, éhontément, sitôt qu’arrivent les mal nommés « beaux jours ». On jurerait que leur nombre décuple chaque fois que le mercure grimpe d’un degré.
Des micro-agressions, si vous voulez mon avis.
Un samedi, on fait tranquillement son épicerie, sans déranger personne, et paf ! Dix bouts de saucisses biscornus vous coupent l’appétit au rayon des charcuteries.
Et ne me parlez pas des orteils crasseux que certains nous imposent dans les parcs publics de la Ville de Montréal, comme si nous étions sur un pit de sable à Nazareth, avec Jésus et ses 12 followers.
Je suis tolérant, mais il y a toujours bien des limites.
Si le contexte n’implique pas une activité de baignade, personne ne devrait avoir le droit d’infliger ses orteils aux autres.
Voilà, c’est dit.
Sous le soleil du statu quo
Cela dit, je suis trop conscient que nos étés n’iront pas en s’améliorant, côté Celsius.
Je sais qu’il faut « s’adapter aux changements climatiques », désormais.
Le temps où on « luttait » contre ça est officiellement derrière nous.
« S’adapter », c’est le mot qu’on emploie maintenant dans les cercles politiques.
Parce qu’après avoir raté toutes les occasions de faire de quoi pour sortir du pétrole (comme tout ce qui porte une blouse blanche le répète depuis des décennies), les visionnaires qui nous gouvernent ont juste décidé qu’il était trop tard pour renverser la courbe.
« Faque on va vivre avec, astheure. »
De toute manière, convier des milliards d’humains à boire du sable et profiter des plus beaux feux de forêt depuis des générations, n’est-ce pas un désagrément qu’on peut tous tolérer, si c’est pour garder nos économies prospères ?
*
J’aimerais être aussi excité par les pétrodollars que l’est cet ex-envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l’action climatique qui nous sert de premier ministre.
J’aimerais pouvoir adhérer au plan de ce génie de la lampe (à l’huile), qui s’emploie depuis son élection à défaire les fondements environnementaux de notre soi-disant pays « qui fonctionne ».
J’aimerais arracher un semblant de raison aux absurdités que ce banquier déploie au nom d’un fumeux « réalisme économique ».
Aussi, pour m’aider un peu, faisons un deal, M. Carney.
Si vous voulez bâtir votre « Canada fort » sur le dos du climat, en nous demandant de nous « adapter » à encore plusieurs étés à broil, c’est parfait.
Or, ne serait-ce que pour me donner l’illusion que je retire quelque chose de cet arrangement, concédez-moi UNE absurdité en retour.
Interdisez les sandales dans les lieux publics.
*
Allez, bon samedi !
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Je m’appelle Steve Proulx. Dans la vie, j’écris. Merci de m’avoir lu.
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La tong urbaine est responsable à 50 % du désagrément que me cause l'été moi aussi. À l'inverse d'Aznavour, il me semble que la misère estivale me serait moins pénible si les gens restaient chaussés et ne prenaient pas le moindre parc ensoleillé pour la plage.
Tiens, j'en ai trouvé un pire que moi!
Je me suis retrouvé en Égypte et au Maroc en juillet avec un soleil de plomb et des températures de 40+. Très pénible. Mais, là où j'en arrache, c'est la canicule humide. Encore une fois je me suis retrouvé en Louisiane en juillet avec des températures de 35+ et des taux d'humidité de 85+. Là, je veux simplement mourir.
Quant aux moustiques que je déteste autant que le DEET et l'huile à la citronnelle, ce n'est pas trop un problème pour l'urbain que je suis. Pour le reste, je tolère assez bien, pour moi et pour les autres, les bermudas et les sandales.
Voilà un an que j'ai déménagé dans un logement climatisé. Fini les climatiseurs de fenêtre dans la chambre et le bureau et la chaleur dans le reste de l'appartement. C'est le bonheur.
Bon été !